La poutre dans notre oeil

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J’en ai croisé plusieurs dans la blogosphère qui sont prompts à dire que dans le système de santé américain, les gens non-assurés meurent dans les rues. Généralement cet argument est utilisé pour justifier le statu quo de notre propre système vis-à-vis un plus grand rôle du privé. Cependant, cet argument est fallacieux à plusieurs niveaux. Premièrement, sur le plan légal, aucun hôpital, clinique ou médecin n’a le droit de refuser traitement à un patient sur la base de sa capacité de payer. On traite d’abord et on remplit les formulaires après. Deuxièmement, il sert à dénoncer la paille dans l’oeil de notre voisin tout en ignorant la poutre dans le nôtre.

À ce sujet, deux cas récents retiennent mon attention. Le 6 mars dernier, on apprenait dans les journaux qu’un homme est mort sur la liste d’attente pour une chirurgie cardiaque et ce matin nous apprenons que le 2 mai 2008 un homme est mort à l’Hôpital du Sacré-Coeur, de ce qui ne peut être appelé autrement que de la grossière négligence de la part du personnel de l’hôpital.

Selon le rapport du coroner, Sitha Un, originaire du Cambodge,  avait des antécédents de problèmes cardiaques, de diabète, d’hypertension et d’anémie. Il recevait des soins à domicile de son CLSC.  En janvier 2008, les infirmière remarquen une plaie anormale sur son talon. En février,  M. Un rencontre un chirurgien vasculaire, Jean-François Blair,  à l’Hopital du Sacré-Coeur et il fût décidé que son pied devrait être amputé. L’opération n’est pas urgente alors on le renvoir chez lui. Le 14 avril, il se présente aux urgences de Sacré-Coeur, le pied nécrosé et malodorant. On joue au ping pong entre les départements de chirurgie vasculaire, cardiaque et orthopédique à qui prendra charge du patient. Finalement, on le renvoie chez lui en lui disant qu’il sera opéré dans quelques jours, mais on néglige d’informer le CLSC. Dix jours se passent et le pauvre monsieur ne reçoit aucun soins.

Le 28 avril, il se présente encore une fois aux urgences et une fois de plus fait office de balle de ping pong.  Il a fallu que le directeur de services tranche la question. Finalement on l’admet en chirurgie vasculaire sous les soins du Dr Blair. Le 2 mai, son cas s’empire et on essaie en vain de rejoindre le Dr. Blair qui état de garde ce jour là. On tente de rejoindre deux autres médecins qui refusent à tour de rôle de le prendre en charge. Quelques heures plus tard, il est en arrêt cardiaque et pour ajouter insulte à injure, aucun des deux défibrilateurs disponibles ne fonctionnent! Peut-on possiblement avoir un système plus dysfonctionnel?

A propos de l'auteur

Mon nom est Philippe. J'habite sur la rive sud de Montréal. Je suis un technicien en informatique qui aime discuter de toute sorte de sujets. Bienvenue sur mon blogue!

6 Réponses à “La poutre dans notre oeil”

  1. Une compagnie privée se serait empressé de le traiter pour en retirer les profits relatifs aux traitements…. Pourtant on continue de regarder cette solution de haut !!!!!!

    1. Il faudrait surtout pas que quelqu'un profite de la maladie des autres, même si ça sauve des vies…. mieux vaut les laisser crever par principe.

  2. A la lumiere de ton utilisation de Singapour comme exemple de systeme de sante efficicace et peu couteux, j'ai une question pour toi Philippe; qu'est-ce qui prime, la liberte de choisir ou le resultat final d'un systeme plus efficace? Je sais que tu me diras qu'un n'exclu pas l'autre ou qu'un systeme plus libre est plus efficace. Mais supposons qu'on s'en tient a ces deux options: un systeme ou l'individu a le choix d'entrer dans un systeme de couverture (prive ou public, peu importe) mais le systeme est moins efficace (i.e. coute plus cher, ne couvre pas tout le monde, resultats santes moins bon) et un autre ou la couverture est obligatoire et est plus efficace.

    Quelle est ta position libertarienne la dessus? Est-ce que la liberte individuelle prime sur le benefice social (determine comme etant axiomatique dans le cas de cette hypothese) .

    1. @ JCC

      Je sens une question piège…

      Je suis libertarien mais je suis aussi pragmatique. C'est en partie pourquoi j'ai cité Singapour comme exemple. Leur système est loin d'un système libertarien parce qu'il incorpore un certain degré de coercition d'état et de subvention étatique. Mais comparativement à notre système, il offre beaucoup plus de liberté et est beaucoup plus efficace. C'est clair que dans notre monde, la liberté complète est probablement une utopie, donc il faut probablement équilibrer la liberté avec les autres besoins.

      Le système de Singapour montre quand même bien qu'on obtient de meilleurs résultats avec moins d'intervention étatique. Donc je pencherai quand même vers le système qui offrira le rapport maximum de liberté vs efficacité.

  3. « Je suis libertarien mais je suis aussi pragmatique. (…) Donc je pencherai quand même vers le système qui offrira le rapport maximum de liberté vs efficacité. »
    Interessant et je suis agreablement surpris que tu ne soit pas trop pris par l’ideologie au detriment des resultats. Je comprends donc qu’entre les meilleurs resultats et la liberte a tout prix, tu choisirais les resultats. (Moi aussi d’ailleurs)
    Presentemment, les systemes les plus efficaces offrent tous une protection universelle.
    Pour ma part, je crois que le cote universel est plus important que le cote public; c’est peut-etre une atteinte a la liverte absolue mais dans la mesure ou les risques doivent etre partages pour une plus grande efficacite du systeme, je trouves que c’est un compromis acceptable.

    1. @ JCC

      Pour ma part, je crois que le cote universel est plus important que le cote public; c’est peut-etre une atteinte a la liverte absolue mais dans la mesure ou les risques doivent etre partages pour une plus grande efficacite du systeme, je trouves que c’est un compromis acceptable.

      D’accord. Le problème ici c’est qu’on confond universalité et gratuité et qu’on croit que seul un système public peut offrir ce genre d’universalité et on est prêts à se mettre en faillite pour ça.