L’hypocrisie

Cet éditorial d’Ariane Krol a attiré mon attention cette fin de semaine, dans lequel elle parle du méa culpa d’Allan Greenspan. «Il s’est trompé, a-t-il avoué, en pensant que l’industrie financière était la mieux placée pour s’imposer des limites.» Dans ses aveux, Greenspan se dit étonné de la réaction des marchés à ses politiques inflationnistes:
Dans son allocution préliminaire, l’ex-numéro un de la Fed s’est dit frappé d’une grande incrédulité devant la tournure des événements. Surpris, donc pas responsable. Comment aurait-il pu prévoir une telle crise, qu’il qualifie de «tsunami du crédit comme on n’en voit qu’une fois par siècle»?
Déjà qu’en tant que Président de la plus grande banque centrale du monde, M. Greenspan aurait dû comprendre les conséquences d’une expansion du crédit à outrance , plutôt que de questionner son jugement sur ce point en particulier, elle blâme plutôt sa philosophie libertarienne pro-libre-marché:
Les questions insistantes des élus ont fini par le faire vaciller. «En d’autres mots, vous avez découvert que votre vision du monde, votre idéologie, n’était pas correcte», a relancé le président du comité. «Absolument, précisément», a reconnu l’économiste. Pour cet adepte du laisser-faire, fervent admirateur de la philosophe libertarienne Ayn Rand, c’est presque une révélation existentielle. Il n’aura pas vécu jusqu’à 82 ans en vain, pourrait-on dire, si la situation n’était pas aussi tragique. Mais pour les millions d’Américains qui ont perdu leurs économies, il aurait mieux valu qu’il voit la lumière un peu plus tôt.
Ce qu’ils ont le dos large, ces libertariens! Surtout que les politiques monétaires de la FED sous Greenspan n’avaient rien à voir avec la philosophie d’Ayn Rand, qui prônait un retour à la monnaie métallique en or et en argent. C’est donc dire que si M. Greenpan adhérait vraiment à la philosophie objectiviste, il n’aurait certainement pas embarqué dans un aventure qui consistait à créer des billets verts à partir de rien. Et bien entendu, en continuant sous cette prémisse, elle tire les mauvaises conclusions.
En fermant les yeux sur les pratiques risquées du secteur financier et en tardant à augmenter ses taux d’intérêt, la Fed a créé un environnement propice aux excès. Mais elle n’a obligé personne à en commettre. L’erreur d’Alan Greenspan aura été de donner trop de corde aux banquiers. Oui, il aurait dû deviner qu’ils risquaient de se pendre avec. Mais ce n’est pas lui qui a choisi l’arbre, ni attaché le noeud, ni retiré le tabouret. C’est le secteur financier qui a décidé de jouer à ce petit jeu dangereux, encouragé par les cris avides des investisseurs. Alan Greenspan a une part de responsabilité, mais il n’est pas le seul. L’idéologie qui le guidait, ils étaient nombreux à la partager sous l’administration Bush. Pourtant, rares sont ceux qui, comme lui, ont eu l’honnêteté intellectuelle de la remettre en question.
L’erreur que M. Greenspan a commise n’est pas de fermer les yeux, c’est d’oublier les bases de la science économique. Ces bases lui auraient permit de prédire les conséquences des ses politiques comme les économistes de l’école autrichienne, comme Antony Mueller dans cet article du Mises Institute daté du 19 novembre 2001, dans lequel il parle des politiques de la FED. Je vous livre sa conclusion:
How might the story end? In terms of the Misesian theory of business cycle, unfunded debt-driven expansions will end in a bust.[5] But each business cycle has its peculiarities. In the current cycle, money–i.e., the U.S. dollar–is rapidly becoming a cheap commodity. This alleviates the debt burden, but it is also points to inflation should the monetary expansion continue at its current frenzied speed. When the Federal Reserve is forced to change course and raise interest rates again, a stock market crash and recession will be almost certain to occur. The window for a « soft landing » has narrowed.
L’expansion du crédit à outrance a toujours causé des excès. À partir de la grande dépression, en passant par la stagflation rampante des années 1970 et du krach boursier de 1980 à la bulle des dotcoms de 2001. Pendant que les économistes autrichiens envoyaient des signaux d’alarmes, M. Greenspan gonflait la bulle immobilière alors que celle des dotcom venait à peine de crever. Mais ce n’est pas sa faute! Comment aurait-il pu prédire que ces méchants banquiers en abuseraient quand Fannie Mae et Freddie Mac garantissaient leurs prêts subprime avec l’approbation du HUD.
Mme Krol mentionne que rare sont ceux, qui comme Greenspan ont eu l’honnêté intellectuelle de remettre le laissez-faire économique en cause. Moi je dis qu’encore plus rares sont ceux qui ont l’honnêté de remettre l’interventionnisme étatique en cause. Car c’est là qu’est le vrai problème. Ceux qui doivent des excuses aux familles qui ont perdu leurs économies sont les politiciens qui font tout pour promouvoir l’accessibilité à la propriété pour ceux qui n’en ont pas les moyens. Pourtant, pas un seul journal ou média de masse ne les pointe du doigt.












