De Kossé?!?

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Je ne suis pas un fervent lecteur du Journal de Montréal, mais je n’ai pas pu m’empêcher de rire en lisant cette chronique de Richard Martineau dans laquelle il critique la qualité de notre « frança ».

Savez-vous ce qui me déprime le plus quand je regarde les audiences de la Commission Bouchard- Taylor, à la télé? Ce ne sont pas les commentaires déplacés de certains participants (c’est le prix à payer pour ce genre d’exercice), ni la fâcheuse tendance des commissaires à «faire la leçon» aux gens. C’est la qualité de notre français parlé.C’est pitoyable.Dans la vaseNon seulement on parle mal, mais on a de la difficulté à structurer notre pensée. Les gens parlent comme s’ils se relevaient d’une grosse brosse.Leur pensée est molle, leur élocution est molle, les mots qu’ils choisissent pour s’exprimer sont mous. Regardez-vous TV5, par moments ? Les journalistes font parfois des micro-trottoirs (des vox pop) en région. Ils ont beau aller dans le fond du fond de la campagne, dans l’arrière- pays de Saintes-Entrailles-des- Oies, les gens qu’ils interrogent ont toujours une pensée hyper claire.Leur accent est bizarre, mais leur pensée est structurée. Ils savent ce qu’ils veulent dire et ils le disent. Clairement. Ici, on patauge dans la vase.Deux fois sur trois, j’ai de la difficulté (je le fais à profusion, mea culpa), mais parce que je ne sais pas où elle veut en venir…

Elle non plus, d’ailleurs.

Un torchon

Avant-hier, lors des audiences qui se tenaient à Saint-Hyacinthe, une femme a pris le crachoir pour dire que les immigrants menaçaient la survie du français. ELLE FAISAIT DES FAUTES À TOUS LES TROIS MOTS!

Ce ne sont pas les immigrants qui menacent le français, madame, ni les gouvernements ou les maudits Anglais, c’est vous! Votre ignorance des lois les plus élémentaires de votre langue, votre paresse, votre laisser-aller.

Désolé, mais la plupart des immigrants que je connais et que je côtoie parlent un français irréprochable.

Parlez à un Maghrébin, à un Haïtien, à un Africain, à un Vietnamien, à un Chilien, vous verrez: ils sont fiers de la langue qu’ils parlent.

Ici, la langue, on se torche avec. On l’utilise comme linge de vaisselle, comme guenille.

Et le pire, c’est qu’on est toujours en train de grimper dans les rideaux pour dire qu’elle nous tient à coeur. FAUX!

Si elle nous tenait tant à coeur, on la bichonnerait, on la caresserait. On ne lui donnerait pas des coups de pied dans le cul comme on le fait présentement, on ne la traînerait pas dans la boue…

Pas fiers

Savez-vous ce qu’ils se disent les immigrants, entre eux? Ils disent que nous manquons terriblement de fierté. Que nous parlons tout croche.

Quand ils nous entendent dire que «le frança, au Québec, c’est important en sacramant», ils se retiennent pour ne pas rire.

Il y a quelques jours, mon confrère Benoît Aubin écrivait que «nous sommes entièrement responsables de nos faiblesses». Il a parfaitement raison.

Quand c’est le temps de blâmer les immigrants, le Canada, les États-Unis, le capitalisme ou les extra-terrestres, maudit qu’on est bon! Maudit qu’on a d’la broue dans l’toupet!

Mais quand c’est le temps de nous regarder dans le miroir, on se déclare absent.

Et après ça, on se demande pourquoi les immigrants ne sont pas plus chauds que ça à l’idée d’indépendance…

Je ne sais pas pourquoi, mais quand j’ai lu le paragraphe « Quand c’est le temps de critiquer… », je voyais Rogatien de « Taxi 22 ». Un personnage un peu trop près du québécois moyen à mon goût.

A propos de l'auteur

Mon nom est Philippe. J’habite sur la rive sud de Montréal. Je suis un technicien en informatique qui aime discuter de toute sorte de sujets. Bienvenue sur mon blogue!

4 Réponses à “De Kossé?!?”

  1. J'ai lu cet article moi aussi, et comme toi, j'ai bien rit !

    Avec des défenseurs de la langue comme cette femme, les anglais n'ont même pas à venir ici pour qu'on perde notre français. Quoi qu'il ne restera plus d'anglais non plus: ils seront tous mort de rire, s'ils parviennent à comprendre cette femme avec une patate chaude dans la bouche 😉

  2. Je lis "le Journal" au restaurant, sur mon heure de dîner, et les chroniques de Martineau me font souvent bien rire. Parfois de son sujet, mais aussi, parfois, de Martineau lui-même. Il fait preuve d'une logique implacable; sur certains sujets, c'est très bien, alors qu'à d'autres occasions, cela donne des résultats plutôt boîteux. Mais bon, je respecte son travail. Il est, en quelque sorte, un autre Élodie Gagnon-Martin, un personnage qui soulève des passions de par les questions qu'il pose et les sujets qu'il fouille. Pour l'instant, il est bandé sur la commission Bouchard-Taylor, en attendant autre chose, tout comme le fut Lise Payette à l'époque sur la commission Gomery. Cela nous donne de beaux papiers, parfois.

    Il est évident que dans un forum, on retrouvera toutes sortes de personnes, issues de toutes les couches de la société, y compris certaines dont nous n'avions même pas osé imaginer l'existence. Pour certains "bien-pensants", c'est difficile de se faire remettre en pleine face que le Québec, c'est aussi ça. Mais ce sont les faits. Et pourquoi de telles personnes existent toujours? Tout simplement parce que les gouvernements qui se sont succédé à Québec les a – sans le savoir – conforté dans leur existence, dans le fait que «le frança, au Québec, c’est important en sacramant». Ça fait plus de quarante ans que le Québec dit à ses citoyens que son gouvernement va y voir, qu'il va s'en occuper, et qu'il peut dormir sur ses deux oreilles. Eh bien c'est ce que ce genre de québécois a fait; il a dormi aux gaz. Et aujourd'hui, Martineau tombe des nues en disant que ce genre de personnes sont plus menaçantes pour le français que tous les immigrants réunis. Ce n'est pourtant que l'un des résultats on ne peut plus tangibles de la déresponsabilisation des québécois, elle-même l'une des suites de la révolution tranquille. Parmi d'autres preuves tangibles de cette déresponsabilisation, notons les viaducs qui tombent…

    C'est une suite de la révolution tranquille, et ce même si personne ne l'a vue venir, celle-là. La révolution tranquille a laissé d'autres suites qui nous furent – et nous sont toujours – très dommageables, mais le Québec moderne se plante la tête dans le sable, et refuse de les voir, puisque le dévoilement de ces suites mettrait en péril le "modèle québécois", nom local donné à notre application toute aussi locale de la pensée keynésienne. Vous savez quoi? Comme pour toutes les questions où l'on se met la tête dans le sable, ces suites, même si l'on refuse de les voir, nous sont dommageables quand même. Ailleurs dans le monde, les peuples l'ont compris, et la pensée keynésienne a été abandonnée. Sauf ici, dans notre société distincte.

    Alors, que faire, maintenant? Les choix ne sont pas très nombreux; il faut donner un grand coup de barre dans l'autre direction, afin de ramener l'équilibre. Évidemment, ceux qui profitent de ce penchant vers la gauche ne sont pas contents du tout, et ne se privent pas pour nous le faire savoir. Mais ce sera ça, ou le chavirement du navire.

  3. La qualité de la langue aura toujours connu des hauts et des bas, selon les strates sociales, le niveau d’éducation et le fait qu’une personne soit considérée comme appartenant à une élite. Cela se vérifie au travers de l’histoire, toutes langues confondues.

    Il en sera toujours ainsi.

    Ce qui est relativment nouveau toutefois, c’est que maintenant la parole est donnée à celui qu’il convient de désigner comme étant « L’homme de la rue ». C’est devant lui que les micros se braquent.

    La Commission B&T n’en est qu’un exemple. Les bulletins de nouvelles regorgent de clips de l’homme de la rue. La nouvelle n’existe plus en elle-même, c’est ce qu’en pense l’homme de la rue qui importe.

    À l’été 2006, la qualité de l’eau des piscines publiques a été remise en cause. Nous n’avons eu que bien peu d’information sur le problème. Mais en revanche, on a eu droit aux commentaire de Madame Chose et de M. Tout le Monde en rafale: « Ah bin moé j’trouve ca écoeurant j’veux dire fâ falloir que quelqu’un mette ses culottes tsé… ».

  4. Personnellement, je trouve que Martineau a raison quand il dit que nous manquons de fierté. Notre propre laisser-aller est notre pire ennemi. Et après, on "bitche" après les "maudits français"…