Générations d’illettrés

À ce point-ci, vous aurez probablement entendu parler du rapport produit par Richard Berger pour le compte du Ministère de l’éducation qui suggérait que les correcteurs d’examens pour le secondaire et le cégep devraient se concentrer sur les point positifs dans le texte et donc montrer moins de rigueur dans la correction des fautes d’orthographe et de grammaire. J’ai d’abord été estomaqué que le ministère de l’éducation aie pu prendre ce rapport au sérieux de quelque façon que ce soit. Heureusement que le bon sens a prévalu, alors que la ministre Courchesne a envoyé le rapport à la déchiqueteuse.
Mais ce qui m’a le plus surpris, c’est de voir qu’il s’en trouvait qui défendaient ce rapport sur le blogue des Amoureux du Français à Cyberpresse. Comment en effet, défendre la thèse qu’un correcteur devrait accorder plus d’importance au contenu d’un texte et donner une note de passage, alors que l’auteur de celui-ci ne maîtrise même pas les rudiments de base de la langue, et ce, en ayant accès à une grammaire et un dictionnaire pendant l’examen. Certains sont allés jusqu’à accuser Paul Roux d’être obsédé par l’orthographe! Considérant la vocation de son blogue, je crois qu’il est normal qu’il s’en préoccupe.
Au-delà des débats sur la qualité de la langue, il demeure qu’un examen à l’école se veut un contrôle de connaissances acquises par les étudiants. Et si on est au point où on conseille au correcteurs de fermer les yeux sur les fautes d’orthographe et de grammaire pour épargner les ego de nos jeunes, le constat n’est guère réjouissant. Je rencontre à tous les jours des gradués de cégep et d’université qui ne maîtrisent pas les rudiments de la grammaire et de l’orthographe qui sont la pierre angulaire de la maîtrise de toutes les langues. Comment se fait-il que nos jeunes, pourtant diplômés, ont une si pauvre maîtrise du français, alors que nos parents et grands-parents se débrouillent mieux avec beaucoup moins de scolarité? Comment se fait-il que nos jeunes ne peuvent pas remettre un texte avec un minimum de fautes, alors qu’on leur permet l’usage d’une grammaire et d’un dictionnaire? Est-ce qu’on enseigne vraiment le français de nos jours, ou fait-on semblant de l’enseigner?
Il m’apparaît évident que si nous voulons épargner les ego de nos jeunes en nivelant par le bas, nous ne leur rendront pas service à long terme. Nous devons réviser le curriculum de l’enseignement du français et retourner à la base. Sans quoi nous créerons des générations d’illettrés.













Je suis en accord avec le fond de tes propos, mais je pense aussi que le "rapport" Berger (ainsi baptisé dans les médias mais qui n'était qu'un document de travail) fut très mal compris et interprété par les médias de masse, ce qui fit boule de neige dans le reste de la population.
J'écrirai probablement ce soir à ce sujet sur mon blogue.
Merci Tetoine
Je ne manquerai pas d'aller lire ton billet.
Peut-ètre effectivement que ce rapport a été mal interprété, mais il reste qu'au fond les jeunes qui sortent du secondaire et du cégep ont beaucoup de difficulté à bien écrire et le MEQ devrait revoir son programme.
Ça fait longtemps que les professeurs font plus semblant d'enseigner qu'autre chose. En 1987, lorsque je faisais mon bac en enseignement du français à l'UQAM, un de mes professeur appelait les périodes où les jeunes n'apprenaient rien "de l'occupationnel".
Il était aussi d'avis que la matière enseignée pourrait être plus touffue et plus poussée mais que cela mettrait en péril le réussite de la partie dite "faible" des jeunes au secondaire actuellement. IL va de soi que ceux-ci ne se retrouveraient alors pas au cégep.
Je partage entièrement l'avis de cet ancien professeur et j'irais même plus loin, le manque de connaissances générales, scientifiques et de la langue française pourrait être relativement facilement réglé si on acceptait qu'au moins 30% des étudiants du secondaire ne seraient pas capables de décrocher leur diplôme. La matière pourrait être facilement resserrée afin d'en inclure plus. Évidemment, plusieurs professeurs seraient disqualifiés pour enseigner dans ces conditions.
@ Sylvie:
Je serais personnellement entièrement d’accord avec toi. Sauf qu’il y a quelques problèmes à ça. Premièrement, le DES est considéré comme une compétence minimum à un emploi, alors un taux d’échec de 30% serait considéré par plusieurs comme inacceptable. Ensuite, les partisans de la gauche ne manqueraient pas d’accuser le MEQ de faire de l’élitisme. (Il ne faudrait surtout pas promouvoir l’excellence!) Alors toute tentative d’instituer ce genre de politique se buterait à une levée de bouclier assez importante pour faire reculer le gouvernement.
La clef serait dans l’orientation. Il faut reconnaître que nous ne naissons pas tous avec les mêmes aptitudes et on gagnerait à dépister celles-ci plus tôt et orienter les enfants vers des programmes qui les favorisent. Ainsi au secondaire, ceux qui n’ont pas les aptitudes pour la science devraient être orientés tôt vers des programmes professionnels. On devrait d’ailleurs développer une plus grande variété d’orientations professionnelles dès le secondaire. Ça permettrait au 30% qui ne pourraient pas graduer dans une orientation scientifique d’acquérir leur compétence de base pour le marché du travail.
D’une certaine façon ça se fait déjà, mais on devrait le renforcir encore plus de façon à pouvoir resserrer les exigences du programme général.
J'ignore pourquoi certains ont tant de difficulté avec l'idée qu'un jeune n'aurait pas ce qu'il faut pour être médecin, mais qui pourrait en revanche être un excellent électricien, ou plombier uu menuisier. Ce sont d'honorables métiers qui paient quelque fois plus que ce que font certains diplômés. Je n'aurait aucune honte si mes enfants décidaient d'aller dans un métier plutôt que de poursuivre ses études. Tant qu'ils y sont heureux.
Tous les étudiants qui débutent le secondaire devraient subir des test d'aptitudes et avoir des rencontres avec un orienteur pour discuter des avenues qui s'ouvrent à eux. On aurait probablement moins de décrochage.
Effectivement, l’élitisme n’a pas la cote mais le nivellement par le bas est dangereux pour une société.
La filière professionnelle a été mise de côté il y a déjà un certain temps dans nos écoles parce que cette filière « étiquetait » défavorablement les élèves qui la fréquentait. Par contre, elle nous assurait une quantité correcte de coiffeuses, plombiers, électriciens et autres métiers qui sont aujourd’hui en grave pénurie.
Ce n’est pas tout le monde qui peut faire des études supérieures, que se soit à cause d’un manque de capacité ou bien d’un manque d’intérêt. Cependant, il est plus vendeur dans notre société de consommation, de dire aux parents que tout leurs enfants peuvent réussir le secondaire et même le cégep, et ce, sans efforts ou presque.
Vive la médiocratie, d’ailleurs on a juste à regarder nos politiciens…. mais ça, c’est une autre histoire.